segunda-feira, 26 de dezembro de 2011

Um belíssimo ensaio sobre A paisagem;em fr

Paysage


Côte de Piha, Nouvelle-Zélande. Photo: Andrée Mathieu / L'Encyclopédie de L'Agora

Définition

Le paysage dans la Grèce antique par Rainer Maria Rilke
(…) les hommes nus y sont tout pareils à des arbres qui portent des fruits et des guirlandes de fruits, ou à des buissons qui fleurissent et à des printemps où chantent les oiseaux. En ce temps-là, le corps que l'on cultivait ainsi qu'une terre, sur lequel on prenait de la peine comme pour en tirer une récolte, et que l'on possédait ainsi que l’on possède un bon terrain, était la seule beauté qui retînt le regard, l’image que traversaient en rangs rythmiques toutes les significations, dieux et animaux, et tous les sens de la vie. L’homme, quoiqu’il durât depuis des millénaires, était encore trop neuf pour lui-même, trop enchanté de lui pour porter son regard ailleurs et loin de soi-même. Le paysage, c’était le chemin sur lequel il marchait, la piste sur laquelle il courait, c’étaient tous ces stades et ces places de jeux ou de danse où s’accomplissait la journée grecque; c’étaient les vallées où se rassemblait l’armée, les ports d’où l’on partait pour l’aventure et où l’on rentrait, plus vieux et plein de souvenirs inouïs (…) – c’était le paysage où l’on vivait.
Rilke, Le paysage, trad. Maurice Betz.




Dans la définition qui suit, tirée de Terra erotica, (Fides, Montréal 2009) le géographe Luc Bureau nous rappelle que le paysage est un produit de l'art.
«L'esprit apollinien hante les paysages modelés par l'homme, tandis que les ondes d'Éros vagabondent au-dessus des lieux.  Au dire des plus grands exégètes de la paysagerie1, le paysage serait né le jour où un gentilhomme fortuné vivant aux heures denses et agitées des débuts de la Renaissance s'employa à rempla­cer la toile cirée et opaque — aussi opaque qu'un drap mortuaire ! — garnissant les fenêtres étroites de sa gentilhommière — peut-être s'agissait-il au lieu de toile cirée de papier huilé ou de peaux de bêtes — par de minces panneaux de verre transparent permettant à la lumière d'entrer et à l'œil de sortir. Le verre à vitre translucide, dont jamais jusqu'à ce jour on n'avait fait usage dans l'architecture civile, venait de faire une percée spectaculaire2. Notre messire, subjugué par cette mise en lumière de sa demeure et les trouées murales ouvrant sur des lambeaux du décor champêtre, passa les premiers jours enchaîné aux fenêtres à regarder à travers les vitres l'étrange spectacle qui s'offrait à son regard : Lesguérets, les champs couverts de moissons, les bêtes craintives, le bosquet touffu perché sur la butte à quelque quatre cents pas à gauche de la chapelle, sont-ils les mêmes qu'avant lorsque je les regarde par la fenêtre ? Ses réponses étant hésitantes, il fit mander ses amis et voisins afin qu'ils puissent à leur tour constater de visu le phénomène qui tenait de la magie, du miracle peut-être. (Tableau, L'oeil de la souche par Pierre Lussier)


Après que les visiteurs eurent vingt fois braqué leurs yeux à chacune des fenêtres, un étrange personnage parut sur le seuil de la porte laissée entrouverte. Ses cheveux broussailleux, sa barbe décolorée, ses habits élimés, son air absent et mal assuré, tout en lui trahissait l'artiste. D'autant qu'il portait sous son bras droit un chevalet et sous le gauche une toile de petite dimension tendue sur un cadre de bois mal dégrossi. À peine fut-il entré qu'il déploya le chevalet devant une fenêtre, plaça sa toile sur la barre d'appui, sortit d'un vieux sac de lin des pinceaux de soie de porc, une palette en bois dotée de petits enfoncements qu'il remplit large­ment de diverses couleurs.

L'heure était gravissime! Un œil sur la scène extérieure, l'autre sur le subjectile, la bouche béante d'étonnement, l'artiste s'em­balla, sa main nerveuse et douée s'agita, ondula dans les airs comme un serpent qui se glisse entre des pierres. Comment une aire aussi vaste que celle qui se déployait devant ses yeux pouvait-elle s'ins­crire sur un support de moins de deux coudées de largeur par trois ou quatre empans de hauteur? L'inimaginable pouvait-il se pro­duire ? Tout comme le choix d'un premier mot décide parfois du contenu d'un livre, le premier coup de pinceau du maître laissa présager l'œuvre finale. Des lignes, des volumes, des formes, des reliefs apparaissent; «It's a work in progress», comme disent les critiques d'art! Les uns après les autres les visiteurs s'approchèrent en demi-cercle autour du démiurge qui tentait de recréer le monde en le miniaturisant. Certains montrèrent du doigt la chapelle qui, à petites touches, surgissait du néant; on la croyait presque sans épaisseur, comme si son arrière tentait de rejoindre son devant.

Mais la chapelle n'était pas seule en cause : tous les éléments qui composaient l'environnement, arbres, rochers, bêtes à cornes, silhouette embrumée des collines, semblaient subir une spatialité contractée, les objets reculés occupaient parfois plus d'espace que ceux du premier plan, le lointain ne se différenciait en rien de ce qui était rapproché. On aurait cru à un dessin d'enfant (explication simple et évidente : ces temps-là, hélas ! maîtrisaient mal la perspec­tive !). Mais ce qui étonna davantage les invités, c'était le découpage que le tableau infligeait au monde extérieur. Comme si, au moyen d'une scie cyclopéenne, l'artiste eut découpé la nature par le haut et par le bas, sur le flanc gauche et le flanc droit, afin de la contrain­dre à s'ajuster au subjectile rectangulaire. Ces êtres quelque peu déphasés comprenaient mal que l'environnement qu'ils perce­vaient depuis toujours comme une unité indivisible, la chaîne sans fin et sans frontière de tout ce qui existait, puisse être tout à coup réduit en pièces et en morceaux.

Quelques sabliers plus tard, l'artiste recula d'un pas pour juger de l'ensemble de son œuvre. Il vit que cela était bon. Il lui donna le nom de « Paysage ».Telle est, à peine déformée, la légende de la naissance du pay­sage, cette surface plate et cadrée recouverte ou non de couleurs, qui tente plus ou moins adroitement de mimer la nature. Que cette naissance survint à la fin du Moyen Âge, au xv* siècle ou au xvie, dans la brumeuse Hollande, dans les forêts ombreuses de l'Alle­magne ou dans la rieuse Italie ne change rien à l'affaire: c'est par une « fenêtre » que l'accouchement se produisit. Certains artistes pourront bien ultérieurement transporter leur chevalet à l'extérieur de leur foyer, en pleine nature s'il le faut, ils n'en continueront pas moins de peindre avec dans l'esprit une fenêtre invisible et secrète, étroite ou d'une béance énorme, mais au pouvoir redoutable. On a toutes les peines du monde à croire que cette simple ouverture pratiquée dans un mur et le châssis vitré qui ferme cet orifice tout en laissant passer la lumière ait pu imposer un modèle de représen­tation du monde dont la postérité n'est pas encore éteinte3.

La fenêtre est l'œil du logis. Elle gratifie l'artiste d'une «vue», d'un «point de vue», d'un rayon visuel — l'ineffable veduta — sur un fragment du milieu géographique qu'il s'efforce, par mille tra­hisons obligées, de recréer sur un support quelconque. Tant et aussi longtemps que cette re-création ne s'incarne que sur des toiles accrochées aux cimaises des demeures princières et n'a aucune incidence sur l'ordonnancement de la planète, on peut ne voir là qu'un courant artistique parmi d'autres, à côté de la peinture pieuse, de la peinture historique, de la sculpture de personnages mythiques. Dans la deuxième moitié du xvme siècle, le chevalier de Jaucourt, collaborateur attitré de L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, résume en ces termes la portée limitée du concept: « paysage, s. m. {Peinture) c'est le genre de peinture qui représente les campagnes & les objets qui s'y rencontrent. Le paysage est dans la Peinture un sujet des plus riches, des plus agréables & des plus féconds. [...] Parmi les styles différens & presqu'infinis dont on peut traiter le paysage, il faut en distinguer deux principaux: savoir le style héroïque, & le style pastoral ou champêtre. » Nulle part dans l'article rédigé par Jaucourt, il n'est question d'autre chose que de représentation par l'art d'un espace cadré, de figuration picturale, de coloris qui fassent effet... Mais ne voilà-t-il pas que, quelques courtes années plus tard, concomitamment peut-être, comme un incendie qui gagne du terrain, le paysage se répand; il ne se cantonne plus dans les limites d'un subjectile rectangulaire, il ne se satisfait plus à représenter « les campagnes & les objets qui s'y rencontrent », mais il tend à se substituer comme mot et comme chose à la campagne elle-même. Bref, le dessin de l'artiste ne s'en tient plus à mimer la réalité du monde, il aspire à ce que cette réalité se conforme au dessin. L'utopie se fait chair.

Le paysage comme tableau ou dessin annexe désormais le pay­sage comme point de vue sur la nature ou le pays environnant. On croirait, à ce chapitre, que chaque dictionnaire pille comme un élève paresseux sa définition sur les feuilles de l'autre : « paysage s. m. Étendue de pays qui offre un coup d'œil d'ensemble: Riche Paysage. Paysage riant. La variété fait le charme du Paysage (Fén.). Le paysage n'est créé que par le soleil; c'est la lumière qui fait le paysage (Chateaub.) » (Grand Dictionnaire Universel du XIXe siècle, 1874); «paysage s. m. Étendue du pays que l'on voit d'un seul aspect. "Nous parcourons toute cette belle côte, et nous voyons deux mille objets différents qui passent incessamment devant nos yeux comme autant de paysages nouveaux..." (Sév.) » (Dictionnaire Littré, 1877); «paysage n. m. Étendue de pays que l'on voit d'un seul aspect. Paysage riant. Il y a des paysages délicieux sur les bords de la Seine, de la Loire» (Dictionnaire de l'Académie Française, 1935) ; « paysage n. m. Étendue géographique qui présente une vue d'ensemble; site, vue: Le Val de Loire offre un paysage souvent riant» (Le Grand Larousse universel, 1984) ; « paysage n. m. Partie d'un pays que la nature présente à l'œil qui le regarde. V. Site, vue. Paysage immense» (Le Grand Robert, 1953) ; « paysage n. m. Étendue de pays qui s'offre à la vue. Une telle étendue, caractérisée pas son aspect. Paysage montagneux. Paysage urbain » (Le Petit Larousse, 1995). Ces définitions, on le voit, font preuve d'une mémoire et d'un mimétisme obstinés.

Qu'en retenir? Que c'est l'œil, le coup d'œil, les battements de paupières qui font le paysage. Dans de telles circonstances, il saute aux yeux que pour un aveugle, il ne saurait y avoir de paysage. Voilà qui est quelque peu affligeant! D'autre part, l'étendue du paysage dépend de la position de la « fenêtre » de l'œil : du sommet d'une colline, l'œil perçoit une « étendue géographique » plus vaste que depuis le fond d'un ravin. En un mot, l'homme qui veut avoir \ accès à une profusion de paysages a fort avantage à se percher le plus haut possible au-dessus du sol : « Un Païsage dont on aura vu toutes les parties l'une après l'autre, n'a pourtant point été vû, il faut qu'il le soit d'un lieu assés élevé, où tous les objets auparavant dispersés se rassemblent sous un seul coup d'œil. Il en va de même  des vérités» (Fontenelle, «Eloge de M. Varignon»). En deuxième lieu, il semble préférable que l'homme, l'être humain, soit absent, ou tout au moins le plus éloigné possible du paysage. Car l'homme y apparaît comme un corps étranger qui irrite, comme une pous­sière dans l'œil ou une écharde au pied. D'où la réticence manifeste à l'égard des villes. D'accord pour les petites villes, villages et hameaux champêtres, mais les grandes villes saturées d'autos, de stations-service, de parkings, de centres commerciaux, de tours d'habitation, de «foules en chaleur» ne sont accueillies qu'avec réticence dans le cénacle paysager.(Pénitence de St-Jérôme par ¨Piero della Francesca.)

Enfin, il est un élément d'une immense portée : le paysage n'est perçu comme tel qu'en autant que l'œil y détecte un parfum de beauté, y repère un objet d'admiration4. Décréter que tel paysage est « affreux » ou « laid » relève du même genre de paradoxe que de clamer la bonté du diable ou la fidélité d'un trousseur de jupons. En tout autre cas, les qualificatifs les plus souvent utilisés pour singulariser le paysage sont de nature laudative : riant, serein, riche, varié, beau, admirable, lumineux, charmant, émouvant, magni­fique, champêtre, enchanteur, idyllique, sublime... Au fait, parler de «beau paysage» à propos d'un paysage semble pesamment tautologique, car si le paysage n'est pas beau, ça ne peut être un paysage. Si parfois on lui adresse des épithètes péjoratives - pay­sage ingrat, dévasté, anarchique, chaotique, répulsif, désertique, dégradé... -, on se doit de préciser que cette flétrissure ne se situe aucunement dans la tradition paysagère et qu'il s'agit en fait d'un refus implicite de reconnaître aux espaces géographiques ainsi flétris le statut de « véritables paysages »

Nous retrouvons les jumeaux qu'une fenêtre jadis enfanta. Si ce n'est de l'échelle incomparable des deux objets, on sue comme des bêtes à chercher les différences essentielles entre le paysage peint et le paysage in situ. L'un et l'autre sont saisis par un rayon visuel qui en délimite le format. Un paysage naturel ou champêtre sans limites est aussi inconcevable qu'un tableau sans commencement ni fin, qu'un poisson gros comme un bœuf échappé par un pêcheur du dimanche. Parler du paysage de la Russie, de la France ou du Canada relève de l'incontinence langagière. Ne pas oublier que le paysage est à la mesure de l'œil ! Vu cette délimitation, le paysage du tableau et son vis-à-vis terrestre, tout en demeurant virtuelle­ment imbriqués dans des ensembles de grande ampleur, sont tous deux perçus comme des entités discrètes ou closes se suffisant à elles-mêmes. Le tableau de la montagne Sainte-Victoire et le massif montagneux qui porte ce nom sont des îlots singuliers et souve­rains au milieu d'une mer terrestre, trouvant en eux-mêmes leur propre sens. Et ce sens, dans un cas comme dans l'autre, pointe tout droit vers l'esthétique. Ce serait là, semble-t-il, la vocation ultime du paysage que de permettre à l'œil humain de saisir un instant de beauté dans le flux hideux du reste du monde5. Quand j'entends le mot paysage, je ne sors pas mon pistolet mais mon appareil photo!

Les paysages sont des grains de beauté sur l'épiderme de la Terre6. Nous sommes à ce point hypnotisés par ces grains de beauté que nous en oublions le reste, qui est dans un état avancé de dégra­dation. Autre version : les paysages sont un alibi que les hommes ont inventé pour soulager leur conscience du viol quotidien de la pla­nète. De fil en aiguille, cela nous rappelle l'histoire de cet agonisant qui, dans son dernier râle de vie, s'inquiétait de l'état broussailleux de ses moustaches !
Si abusive que puisse sembler une pareille ascendance, je ne peux me défendre de rapprocher l'avènement de l'espace éclaté, démembré en autant de paysages qu'on le voudra de l'empire apol-linien de la raison. Il n'est d'abord pas indifférent que cette mise au monde paysagère advienne en pleine Renaissance. S'il est un per­sonnage mythique qui incarne le grand destin que nourrit cette période de l'histoire, qui en révèle l'espace mental et les aspirations profondes, c'est bien le dieu archer de la clarté solaire, de la beauté, de la raison, de l'intelligence, de la science, de la vérité, des arts et de la poésie.

On a pu croire, dans le creuset de la foi ardente du Moyen Âge, que le dieu de la lumière et du savoir avait été totalement éclipsé par le Dieu tout-puissant d'Israël, que ce dernier avait à jamais fait perdre au premier son panache et ses plumes. C'était faire fi de tous les bégaiements, entourloupettes et reculades dont est si fertile l'histoire. L'itinéraire biblique menant à l'inaccessible Jérusalem céleste que suivait le très dévotieux Moyen Âge va bientôt céder la place à un nouvel itinéraire qui se veut le calque approximatif d'un itinéraire antique, gréco-romain. Il existe à ce propos une légende aussi lointaine que persistante qui raconte que la dernière pro­phétie de l'oracle de Delphes fut: «Un jour, Apollon reviendra et ce sera pour toujours.» Quel que soit le haut degré d'invraisem­blance de cette prophétie, la Renaissance y a cru et a fait en sorte qu'elle puisse se réaliser.

La culture de l'époque n'en a donc que pour Apollon qui, pour mieux cacher son identité, s'affuble de noms d'emprunt, ceux de Léonard de Vinci par exemple, de Montaigne, de Rabelais, de Pic de La Mirandole, de Copernic, d'Érasme, de Thomas More aussi; et, quelques générations plus tard, il signera sous les pseudonymes de Francis Bacon, de Galilée, de Descartes. Les regards se tournent désormais vers l'avenir ; la raison remanie l'espace mental ; une soif incoercible de connaissance tourmente les esprits; la nature, en se désacralisant, acquiert son autonomie; les artistes prennent modèle sur la nature plutôt que sur les Écritures; l'esthétique se substitue à l'art allégorique religieux; l'espace «sublunaire» devient mathé-matisable et infiniment morcelable; le monde s'ouvre à la décou­verte. Tout ne se réalisera pas d'une seule venue, mais les cibles de l'itinéraire sont en place.

L'artiste peintre témoigne par excellence de cette lente mais irréversible révolution apollinienne. En tournant son regard vers la nature concrète plutôt que vers un Au-delà brumeux, il lui prend le désir d'apprivoiser cette nature, d'atteindre en la reproduisant un mimétisme parfait, au point de confondre la copie et le modèle, d'actualiser et d'aviver le dualisme entre cette nature et le sujet humain, de la contraindre à obéir aux lois mathématiques de la perspective (on songe à l'expression si audacieuse à l'époque de la « Natura vexata » de Francis Bacon : nature vexée, contrainte, tour­mentée, forcée), d'assurer son empire sur elle en la rendant morce­lable et étiquetable à volonté, de privilégier un esthétisme formel plutôt qu'un érotisme fusionnel avec la nature.

Le paysage, qu'il soit peint ou qu'il soit une réelle « étendue de terrain qui s'offre à la vue », s'inscrit précisément dans ce nouveaurapport d'arrachement, d'objectivation, de chosification, de dévitalisation
de la nature. O n s'imagine désormais le monde, dans toutes les sphères que l'on veut, à l'image d'une horloge (Descartes,Voltaire), d'une scène de théâtre (Fontenelle) et, pourquoi pas, d'ungros dictionnaire illustré. Ce dernier serait, par les mots et les figures qui le constitueraient, la doublure du monde? L'analogie suggère d'autres transgressions. À l'image du dictionnaire juxtaposant des mots les uns à la suite des autres sans intelligence autre qu'alphabétique, le paysage exhibe des morceaux d'espace les uns à côté des autres sans intelligence autre qu'esthétique, bien qu'égailement écologique depuis peu. Ce n'est surtout pas d'un diction­naire de paysages dont nous souffrons, mais d'un poème qui aille par-delà les séparations pesant sur le monde, d'une ode infinie qui recoud l'épiderme scarifié de la Terre.

Résumons ainsi la saga du paysage. Ce dernier n'existe pas dans la nature ni ailleurs, bien entendu, sauf dans l'esprit de ses géni­teurs et des marchands de vacances et de bibelots. Comme objet géographique, il fut inventé dans les parages de la révolution indus­trielle à peine. La montagne, les forêts, la mer et les littoraux, perçus jadis comme des forces iniques et répulsives, n'ont accédé au titre hautement convoité de « paysage » qu'au cours des deux derniers siècles7. Et c'est depuis cette consécration qu'ils n'ont cessé de se dégrader.»

Notes
1.Formé sur le modèle de moine(rie), pêche(rie), couche(rie), le terme paysagerie semble tout à fait adéquat pour désigner en bloc tout ce qui se rapporte aux paysages: leurs caractéristiques générales, les mythes qui les fondent, le degré d'idolâtrie qu'on leur voue, les usages qu'on en fait, les revenus qu'ils génèrent...Quoique les deux entretiennent d'étroites relations, il ne faut pas confondre lapaysagerie avec la paysannerie !
 2. L'usage du verre à vitre était connu fort avant la Renaissance, mais ce nefut guère avant le XVe siècle que cet usage se répandit dans l'aménagement des maisons élégantes et autres bâtiments prestigieux. On se protégeait jusqu'alorsdu vent, de la pluie et du froid par des moyens élémentaires: toiles cirées, voletsde bois, peaux ou papiers huilés, et surtout en pratiquant des fenêtres d'un calibrelilliputien.
 
 3. Il est entendu que la naissance du paysage ne se réalisa ni d'un seul coup ni ne fut l'œuvre d'un seul artiste. Le personnage fictif et caricatural que nou« mettons en scène dans ces paragraphes ne vise qu'à illustrer synthétiquement une démarche qui s'est poursuivie pendant près de deux siècles et à laquelle contribuèrent plusieurs artistes dont les Pol de Limbourg (début du XVe s.), Pier» délia Francesca (1416-1492), Robert Campin (1378-1444), Albrecht Durer (1471' 1528), Joachim Patinir (1480-1524), Pieter Bruegel (v. 1525-1569) et Claude Lorrain (1600-1682). On peut consulter sur les origines du paysage de nombreux ouvrages* entre autres Augustin Berque, Les Raisons du paysage, Paris, Hazan, 1995,192 p- ' Anne Cauquelin, L'Invention du paysage, Paris, PUF, 2000, 181 p. ; Alain Roger» Nus et paysages, Paris, Aubier, 324 P-, Erwin Panofsky, La Perspective comnie forme symbolique et autres essais, Paris, Minuit, 1975, 273 P- ; Philippe Descola' Par-delà nature et culture, Paris, Gallimard, 2005, 623 p.
 
 4.« L'esthétique, atteste Régis Debray au cours d'une entrevue, est une créa­tion récente. La notion du beau naît au xvi e siècle. Auparavant, il y avait des rites plus ou moins efficaces, des fêtes distrayantes, des bateleurs. Mais la notion d'esthétique, avec ce qu'elle suppose de mise à distance, d'élaboration, de désin­téressement, c'est quelque chose qui peut mourir. On a vécu sans esthétique pendant très longtemps. Entre la fin de l'Antiquité et la Renaissance, on avait de l'art religieux, de l'art efficace et intéressé qui contribuait au salut. Mais l'idée que le sens puisse naître de la beauté, celle de la vérité par le masque, du mensonge révélateur, de la fiction comme créatrice de réalité, tout cela est très précaire. » (Régis Debray, Le Devoir, Entrevue avec Christian Rioux, 10 avril 2007). Les notions du « beau » et du « paysage » seraient donc nées dans le même lit, au même instant.
 

5.Tout amant du paysage se prend pour un Gargantua et s'opiniâtre à répéter après lui : « Que c'est Beau ce ! » L'homme, on le sait, jouit de la stature et de la carrure d'une mosquée orientale. La jument qui le porte sur son dos est aussi volumineuse qu'un troupeau d'éléphants rassemblés trompe à trompe sous un baobab; la queue horrible de l'animal se déploie en spirale telle la queue d'une tempête tropicale. Les deux créatures titanesques font route vers Paris. Près d'Orléans, une grande forêt où vibrionnent des milliards de mouches et de grosses guêpes jaunes leur barre la route. N'écoutant que le désagrément que lui causent les insectes malfaisants, par des coups répétés de sa queue furibonde, la superbe jument abat en moins de deux tous les arbres de la forêt. Une campagne riante et riche émerge aussitôt de cette hécatombe. À cet instant bénit des dieux, Gargantua laisse échapper ce cri rauque d'admiration: «Je trouve Beau ce.» En rappel de ce rugissement louangeur, le pays fut appelé la Beauce. Cette histoire à dormir debout contient plus de vérités profondes que tous les traités d'histoire, de philosophie et d'urbanisme qui encombrent les étagères des bibliothèques nationales, BNF, BNL, BNQ, BNS, BNC confondues. On y saisit aisément les principaux ingrédients de l'art de la paysagerie:L'état originel est le chaos: « Ils arrivèrent à une grande forêt [...] abondam­ment peuplée de mouches bovines et de frelons. »
La médiation du démiurge: l'aménagiste: «[...] elle dégaina sa queue et s'escrima si bien [...] qu'elle en abattit tous les arbres, à tort et à travers [...], comme le faucheur fait de l'herbe.» (Note: On aura compris que la queue de la jument tient ici le rôle ordinairement réservé à l'aménagiste.)
L'état second est l'ordre : « De sorte que depuis il n'y eut plus ni bois ni fre­lons, et que tout le pays fut réduit en campagne.»
• Un paysage est né s'offrant à l'œil de l'esthète: « Je trouve Beau ce. »

6. «FAUSSE CÉLÉBRITÉ. — Je déteste ces prétendues beautés de la naturequi n'ont en somme une signification qu'au point de vue de nos connaissances, surtout de nos connaissances géographiques et qui demeurent imparfaites lorsque nous les apprécions au point de vue de notre sens du beau: voici, par exemple, l'aspect du mont Blanc vu de Genève — c'est quelque chose d'insignifiant quand on n'appelle pas en aide les joies cérébrales de la science : les montagnes voisines sont toutes plus belles et plus expressives —, mais "elles sont loin d'être aussi hautes", ajoute, pour les diminuer, ce savoir absurde. Dans ce cas l'œil contredit le savoir: comment saurait-il se réjouir vraiment dans la contradiction?
TOURISTES. — Ils montent la montagne comme des animaux, bêtement et ruisselant de sueur; on a oublié de leur dire qu'il y a en chemin de beaux points de vue.» (Friedrich Nietzsche, Humain trop humain, p. 201-202).
 
7. Les montagnes «pittoresques» des Alpes font horreur à Montesquieu: « Tout ce que j'ai vu du Tyrol, depuis Trente jusques à Innsbruck, m'a paru un très mauvais pays. Nous avons toujours été entre deux montagnes, et ce qu'il y a de surprenant, c'est qu'après avoir presque crevé de chaud à Mantoue il m'a fallu souffrir un froid très vif dans ces montagnes du Tyrol, quoique j'eusse des habits bons pour l'hiver et cela le premier jour d'août» (Voyages de Montesquieu, Bordeaux, Gounouihou, 1894, t. II, 132). Sur ce même thème et à une époque voisine, un chroniqueur désabusé écrira: «Je n'ai presque rien à vous dire tou­chant la Savoie. Le pais est généralement montagneux, & les lieux que nous y avons vus n'ont pas grand chose de remarquable» (Mission, Nouveau Voyage d'Italie, La Haye, 1702, 4e éd., t. III). On pourrait tout aussi bien, en se référant en particulier au premier chapitre du livre de Jean Delumeau, La Peur en Occident, xiV-xvnf siècles, faire état de cet autre lieu d'épouvante et de chagrin qu'était la mer.
 
 
 
 
 

Enjeux

Essentiel

Burckhardt: Le sentiment de la beauté de la nature dans la Renaissance italienne
«Non contents d'étudier et de connaître la nature, les Italiens ont su l'admirer. Ils sont les premiers des modernes qui aient vu dans un paysage un objet plus ou moins beau et qui aient trouvé du plaisir à regarder un site pittoresque.

Cette faculté est toujours le résultat d'une culture laborieuse et compliquée; il est difficile de remonter jusqu'à son origine, vu qu'un sentiment de cette espèce peut exister longtemps à l'état latent, avant qu'il se révèle dans la poésie et dans la peinture, et que par là il arrive à avoir conscience de lui-même. Chez les anciens, par exemple, l'art et la poésie avaient épuisé tout ce qui se rapporte à la vie de l'homme, avant d'aborder la description de la nature; celle-ci ne forma jamais qu'un genre restreint, bien que depuis Homère on trouve une foule de mots et de vers qui attestent la profonde impression que la nature faisait sur les Grecs et les Romains. Les races germaniques, qui fondèrent leur domination sur le sol de l'empire romain, étaient, par ce fait même, nées pour comprendre et pour aimer la nature; le christianisme les força de renier pour un temps les fausses divinités qu'elles avaient adorées dans les montagnes et les sources, les lacs et les forêts; mais cette période d'intermittence fut de courte durée.En plein moyen âge, vers 1200, l'amour naïf de la nature extérieure reparaît; on le reconnaît chez les chantres d'amour des différentes nations. Ils s'intéressent on ne peut plus vivement aux choses les plus simples, telles que le printemps et ses fleurs, la verte bruyère et la forêt. Mais il n'y a chez eux qu'un premier plan; pas de lointain; même dans les chants des croisés, on ne retrouve pas les voyageurs qui ont vu beaucoup de pays. La poésie épique, qui décrit si minutieusement des costumes et des armes, par exemple, se borne à des esquisses quand elle veut peindre un endroit, un paysage; le grand Wolfram d'Eschenbach lui-même ne nous donne qu'une idée vague de la scène sur laquelle se meuvent ses personnages. À lire tous ces chants, on ne dirait pas que tous ces poêtes-gentils-hommes habitaient, visitaient ou connaissaient mille châteaux situés sur des hauteurs et dominant la campagne. Même les clercs errants ignorent dans leurs poésies latines les effets de lointain ; ils ne savent pas décrire un paysage proprement dit, mais parfois ils décrivent des objets rapprochés avec une richesse de couleurs qu'on ne rencontre peut-être chez aucun minnesinger de noble naissance. Où trouver une description du bois sacré de l'amour comparable à celle-ci, qui date du douzième siècle et qui est due sans doute à un poète italien? Pour des italiens la nature est certainement purifiée depuis longtemps et délivrée de la funeste influence des démons. Saint François d'Assise, dans son hymne au soleil, bénit spontanément le Seigneur d'avoir créé les astres du ciel et les quatre éléments:
Immortalis fioret
Ibi manens homo;
Arbor ibi quaelibet
uo gaudet pomo;
Viae myrrha, cinnamo
Fragrant, et amomo;
Conjectari poicrat
Dominus ex domo, etc»


JACOB BURCKHARDT, La civilisation en Italie au temps de la Renaissance, tome I, traduction L. Schmitt,. annoté par L. Geiger, Paris, Plon-Nourrit, 1906, pp. 17 et suiv. Texte intégral

Documentation

Convention européenne du paysage (Florence, 20 octobre 2000)
Charte du paysage québécois (Conseil du paysage québécois) - format PDF
Guide du paysage - Un outil pour l'application d'une charte du paysage (Conseil du paysage québécois)

Alain Roger, Court Traité du Paysage, Paris, Gallimard, 1997
Augustin Berque, Cinq Propositions pour une théorie du paysage, Champ Vallon, 1997
François Dagognet (dir.), Mort du Paysage? Philosophie et esthétique du Paysage, Champ Vallon, 1982
Jean-Robert Pitte, Histoire du Paysage français, Tallandier, 1989
Bernard Quilliet, Le paysage retrouvé, Fayard, 1991
R.-L. de Girardin, De la composition des paysages (18ème s.), Champ Vallon, 1999
Anne Cauquelin, L’Invention du paysage, PUF, Quadrige
Le Paysage et la question du sublime (collectif), Paris, Réunion des Musées Nationaux, 1997
«Paysages en action». Numéro spécial de la revue Hérodote, 1987
Les Carnets du paysage (revue publiée par Actes Sud depuis 1998)

Lévy, Bertrand. Le sentiment religieux du paysage. Exemples pris dans la littérature européenne. Texte d'une communication publié dans : "Religion et Géographie", actes du Festival international de géographie 2002
Date de création:2000-04-13 | Date de modification:2011-12-15
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Raccourcis
Les Plus Beaux Villages de France
Conseil du paysage québécois
Patrimoine des paysages («Europe: un patrimoine commun», BIMA, no hors série, Min. de l'Agriculture, Fr.)
Le paysage: dossier de la revue Le Français dans tous ses états (no 33, 1996)
Nature Aesthics: Why We Think Nature Is Beautiful: magnifique dossier examinant les rapports entre la peinture de paysage et de l'aménagementon paysager et l'histoire des sciences naturelles
Images de la France d'autrefois
Center for Environmental Philosophy, University of North Texas, É.-U.)
Paysages canadiens (Ressources naturelles Canada, Divison de la science des terrains): photos
Données d'édition
Date de création:
2000-04-13
Dernière modification:
2011-12-15
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Sur la façon d'observer les différents éléments qui entrent dans la composition d'un paysage, en poésie ou en peinture.
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littérature, description, modernité
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Marx, a propósito dos "governos técnicos" da Itália e da Grécia

Los sagaces sarcasmos de Karl Marx a propósito de los "gobiernos técnicos"



De regreso, desde hace unos cuantos años, al debate periodístico de todo el mundo por el análisis y el pronóstico del carácter cíclico y estructural de las crisis capitalistas, Marx también podría leerse hoy en Grecia e Italia por otro motivo: la reaparición del "gobierno técnico".

En calidad de periodista de la New York Tribune, uno de los diarios con mayor difusión de su tiempo, Marx observó los acontecimientos político-institucionales que llevaron en la Inglaterra de 1852 al nacimiento de uno de los primeros casos de "gobierno técnico" de la historia: el gabinete Aberdeen (diciembre de 1852/enero de 1855). El análisis de Marx resulta notabilísimo en punto a sagacidad y sarcasmo.

Mientras el Times celebraba el acontecimiento como signo del ingreso "en el milenio político, en una época en la que el espíritu de partido está destinado a desaparecer y en la que solamente el genio, la experiencia, la laboriosidad y el patriotismo darán derecho al acceso a los cargos públicos", y pedía para ese gobierno el apoyo de los "hombres de todas las tendencias", porque "sus principios exigen el consenso y el apoyo universales"; mientras eso decían los editorialistas del diario londinense, Marx ridiculizaba la situación inglesa en el artículo "Un gobierno decrépito. Perspectivas del gabinete de coalición", publicado en enero de 1853. Lo que el Times consideraba tan moderno y bien atado, lo presentó Marx como una farsa. Cuando la prensa de Londres anunció "un ministerio compuesto de hombres nuevos", Marx declaró que "el mundo quedará un tanto estupefacto al enterarse de que la nueva era de la historia está a punto de ser inaugurada nada menos que por gastados y decrépitos octogenarios (.), burócratas que han venido participando en casi todos los gobiernos habidos y por haber desde fines del siglo pasado, asiduos de gabinete doblemente muertos, por edad y por usura, y sólo con artificio mantenidos con vida".

Aparte del juicio personal estaba, claro es, el juicio, más importante, sobre la política. Se pregunta Marx: "cuando nos promete la desaparición total de las luchas entre los partidos, incluso la desaparición de los partidos mismos, ¿qué quiere decir el Times?". El interrogante es, desgraciadamente, de estricta actualidad en un mundo como el nuestro, en que el dominio del capital sobre el trabajo ha vuelto a hacerse tan salvaje como lo era a mediados del siglo XIX.

La separación entre lo "económico" y lo "político", que diferencia al capitalismo de modos de producir que lo precedieron, ha llegado hoy a su cumbre. La economía no sólo domina a la política, fijándole agenda y decisiones, sino que le ha arrebatado sus competencias y la ha privado del control democrático, y a punto tal, que un cambio de gobierno no altera ya las directrices de la política económica y social.

En los últimos 30 años, inexorablemente, se ha procedido a transferir el poder de decisión de la esfera política a la económica; a transformar posibles decisiones políticas en incontestables imperativos económicos que, bajo la máscara ideológica de lo apolítico, disimulan, al contrario, un injerto netamente político y de contenido absolutamente reaccionario. La "redislocación" de una parte de la esfera política en la economía, como ámbito separable e inalterable, el paso del poder de los parlamentos (ya suficientemente vaciados de valor representativo por los sistemas electorales mayoritarios y por la revisión autoritaria de la relación entre poder ejecutivo y poder legislativo) a los mercados y a sus instituciones y oligarquías constituye en nuestra época el mayor y más grave obstáculo atravesado en el camino de la democracia.

Las calificaciones de Standard & Poor's o las señas procedentes de Wall Street -esos enormes fetiches de la sociedad contemporánea- valen harto más que la voluntad popular. En el mejor de los casos, el poder político puede intervenir en la economía (las clases dominantes lo necesitan, incluso, para mitigar las destrucciones generadas por la anarquía del capitalismo y la violencia de sus crisis), pero sin que sea posible discutir las reglas de esa intervención, ni menos las opciones de fondo.

Ejemplo deslumbrante de cuanto llevamos dicho son los sucesos de estos días en Grecia y en Italia. Tras la impostura de la noción de un "gobierno técnico" -o, como se decía en tiempos de Marx, del "gobierno de todos los talentos"- se oculta la suspensión de la política (referéndum y elecciones están excluidos), que debe ceder en todo a la economía. En el artículo "Operaciones de gobierno" (abril de 1853), Marx afirmó que "acaso lo mejor que pueda decirse del gobierno de coalición ('técnico') es que representa la impotencia del poder (político) en un momento de transición". Los gobiernos no discuten ya sobre las directrices económicas hacederas, sino que son las directrices económicas las parteras de los gobiernos.

En el caso de Italia, la lista de sus puntos programáticos se puso negro sobre blanco en una carta (¡que, encima, tenía que haber sido secreta!) dirigida por el Banco central Europeo al gobierno de Berlusconi. Para "recuperar la confianza" de los mercados, es necesario avanzar expeditamente por la vía de las "reformas estructurales" -expresión que ha llegado a ser sinónimo de estrago social-, es decir: reducción de salarios, revisión de los derechos laborales en materia de contratación y despido, aumento de la edad de jubilación y, en fin, privatizaciones a gran escala.

Los nuevos "gobiernos técnicos", encabezados por hombres crecidos bajo el techo de algunas de las principales instituciones responsables de la crisis (véase, hoy, el currículum de Papademos; mañana o pasado, el de Monti), seguirán esa vía. Ni que decir tiene, por "el bien del país" y por el "futuro de las generaciones venideras". De cara a la pared cualquier voz disonante del coro. Pero si la izquierda no quiere desaparecer, tiene que volver a saber interpretar las verdaderas causas de la crisis en curso, y tener el coraje de proponer y experimentar las respuestas radicales que se precisan para superarla.

(*) Marcello Musto es profesor de Ciencia Política en la York University de Toronto y editor del libro recientemente publicado en castellano: "Tras las huellas de un fantasma. La actualidad de Karl Marx". Siglo XXI, 2011. Su web es: http://www.marcellomusto.com/

Fuente: http://www.sinpermiso.info/textos/index.php?id=4558

Rebelion. Los sagaces sarcasmos de Karl Marx a propósito de los "gobiernos técnicos"

Rebelion. Los sagaces sarcasmos de Karl Marx a propósito de los "gobiernos técnicos"

Keynes tinha razão; em esp

"La expansión, no la recesión, es el momento idóneo para la austeridad fiscal". Eso declaraba John Maynard Keynes en 1937, cuando Franklin Delano Roosevelt estaba a punto de darle la razón, al intentar equilibrar el presupuesto demasiado pronto y sumir la economía estadounidense -que había ido recuperándose a ritmo constante hasta ese momento- en una profunda recesión. Recortar el gasto público cuando la economía está deprimida deprime la economía todavía más; la austeridad debe esperar hasta que se haya puesto en marcha una fuerte recuperación.
Recortar el gasto público cuando la economía está deprimida deprime la economía todavía más
Por desgracia, a finales de 2010 y principios del 2011, los políticos y legisladores en gran parte del mundo occidental creían que eran más listos, que debíamos centrarnos en los déficits, no en los puestos de trabajo, a pesar de que nuestras economías apenas habían empezado a recuperarse de la recesión que siguió a la crisis financiera. Y por actuar de acuerdo con esa creencia antikeynesiana, acabaron dándole la razón a Keynes una vez más.
Lógicamente, al reivindicar la economía keynesiana chocó con la opinión general. En Washington, en concreto, la mayoría considera que el fracaso del paquete de estímulos de Obama para impulsar el empleo ha demostrado que el gasto público no puede crear puestos de trabajo. Pero aquellos de nosotros que hicimos cálculos, nos percatamos, ya desde el primer momento, de que la Ley de Recuperación y Reinversión de 2009 (más de un tercio de la cual, por cierto, adquirió la relativamente ineficaz forma de recortes de impuestos) se quedaba demasiado corta teniendo en cuenta la gravedad de la recesión. Y también predijimos la violenta reacción política a la que dio lugar.
De modo que la verdadera prueba para la economía keynesiana no ha provenido de los tibios esfuerzos del Gobierno federal estadounidense para estimular la economía, que se vieron en buen parte contrarrestados por los recortes a escala estatal y local. En lugar de eso, ha venido de naciones europeas como Grecia e Irlanda que se han visto obligadas a imponer una austeridad fiscal atroz como condición para recibir préstamos de emergencia, y han sufrido recesiones económicas equiparables a la Depresión, con un descenso del PIB real en ambos países de más del 10%.
Según la ideología que domina gran parte de nuestra retórica política, esto no debía pasar. En marzo de 2011, el personal republicano del Comité Económico Conjunto del Congreso publicó un informe titulado Gasta menos, debe menos, desarrolla la economía. Se burlaban de las preocupaciones de que un recorte del gasto en tiempos de una recesión empeoraría la recesión, y sostenían que los recortes del gasto mejorarían la confianza del consumidor y de las empresas, y que ello podría perfectamente inducir un crecimiento más rápido, en vez de ralentizarlo.
Deberían haber sido más listos, incluso en aquel entonces: los supuestos ejemplos históricos de "austeridad expansionista" que empleaban para justificar su razonamiento ya habían sido rigurosamente desacreditados. Y también estaba el vergonzoso hecho de que mucha gente de la derecha ya había declarado prematuramente, a mediados de 2010, que la de Irlanda era una historia de éxito que demostraba las virtudes de los recortes del gasto, solo para ver cómo se agravaba la recesión irlandesa y se evaporaba cualquier confianza que los inversores pudieran haber sentido.
Por cierto que, aunque parezca mentira, este año ha vuelto a suceder lo mismo. Muchos proclamaron que Irlanda había superado el bache, y demostrado que la austeridad funciona (y luego llegaron las cifras, y eran tan deprimentes como antes).
Pero la insistencia en recortar inmediatamente el gasto siguió dominando el panorama político, con efectos malignos para la economía estadounidense. Es verdad que no hubo ninguna medida de austeridad nueva digna de mención a escala federal, pero sí hubo mucha austeridad "pasiva" a medida que el estímulo de Obama fue perdiendo fuerza y los Gobiernos estatales y locales con problemas de liquidez siguieron con los recortes.
Claro que, se podría argumentar que Grecia e Irlanda no tenían elección en cuanto a imponer la austeridad, o, en cualquier caso, ninguna opción aparte de suspender los pagos de su deuda y abandonar el euro. Pero otra lección que nos ha enseñado 2011 es que Estados Unidos tenía y sigue teniendo elección; puede que Washington esté obsesionado con el déficit, pero los mercados financieros están, en todo caso, indicándonos que deberíamos endeudarnos más.
Una vez más, se suponía que esto no debía pasar. Iniciamos 2011 con advertencias funestas sobre una crisis de la deuda al estilo griego que se produciría en cuanto la Reserva Federal dejara de comprar bonos, o las agencias de calificación pusieran fin a nuestra categoría de Triple A, o el superfabuloso comité no consiguiera alcanzar un acuerdo, o algo. Pero la Reserva Federal finalizó su programa de adquisición de bonos en junio; Standard & Poor's rebajó a Estados Unidos en agosto; el supercomité alcanzó un punto muerto en noviembre; y los costes de los préstamos de Estados Unidos no han parado de disminuir. De hecho, a estas alturas, los bonos estadounidenses protegidos de la inflación pagan un interés negativo. Los inversores están dispuestos a pagar a Estados Unidos para que les guarde su dinero.
La conclusión es que 2011 ha sido un año en el que nuestra élite política se obsesionó con los déficits a corto plazo que de hecho no son un problema y, de paso, empeoró el verdadero problema: una economía deprimida y un desempleo masivo.
La buena noticia, por decirlo así, es que el presidente Barack Obama por fin ha vuelto a luchar contra la austeridad prematura, y parece estar ganando la batalla política. Y es posible que uno de estos años acabemos siguiendo el consejo de Keynes, que sigue siendo tan válido hoy como lo era hace 75 años.
Paul Krugman es profesor de Economía en Princeton y premio Nobel 2008. © 2011 New York Times Service Traducción de News Clips.

Os cinco piores livros de política de 2011 ; em ingl

   
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5 Worst Political Books of the Year

Bill Clinton, Chris Matthews, and the Cheneys are among the authors who missed the mark.
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Back to Work, by Bill Clinton
Clinton’s argument about “why we need smart government for a strong economy” begins at the end of his presidency in 2000, when employment was booming. But to understand what has happened since then, you need to understand what Clinton did. The financial crisis of 2008 had its origins in the deregulation he championed, especially his signing the repeal of the Glass-Steagall Act, which had set limits on speculation by banks and insurance companies. The longer-term disappearance of good jobs had its origins in Clinton’s NAFTA, which sent jobs to Mexico, and eventually to China. And the rise in poverty and homelessness has been greatly exacerbated by Clinton’s “ending welfare as we know it.” None of these get more than a mention in this book, which proposes a lot of small programs that won’t solve the big problems Clinton helped create.
Jack Kennedy: Elusive Hero, by Chris Matthews
A fan book that focuses on “charm” and “charisma” and avoids the big issues: when Kennedy called on Americans to “pay any price, bear any burden,” he wasn’t talking about civil rights, the biggest issue of the day; he was talking about fighting communism—and what did that get us? A near-war over Cuba, and then a real war in Vietnam. Yes, Kennedy does deserve credit, in the Cuban Missile Crisis, for rejecting the advice of the hawks who wanted an invasion and war—but if Kennedy had called off the Bay of Pigs invasion the previous year, the Soviets never would have sent missiles. He regarded the civil rights movement as an irritation and a distraction until almost the end of his life. Matthews admits Kennedy had some failings, but the hero-worship on display here is embarrassing.
George F. Kennan, by John Lewis Gaddis 
Yes, this massive authorized bio landed on many year-end “best” lists, but most reviewers didn’t know much about Kennan beyond his authorship of the containment doctrine at the dawn of the cold war. The problem with this book: it minimizes Kennan’s forty years of criticism of the cold war. “Containment,” he said, should have focused on economic and political competition with the Soviets, rather than on a military arms race. Gaddis portrays the older Kennan as morose and self-absorbed, but barely mentions Kennan’s opposition to the Vietnam War, his endorsement of Gene McCarthy for president in 1968, and his last political statement, in 2002, at age 98, criticizing George W. Bush’s plans for a war with Iraq. Perhaps relevant in explaining these gaps: George W. Bush awarded Gaddis the National Humanities Medal in 2005 in a ceremony at the White House. For a critique of the book, see Frank Costigliola in The New York Review of Books, here.
Area 51, by Annie Jacobsen
Jacobsen makes the intriguing argument that the Air Force welcomed the alien abduction stories about Nevada’s Area 51 as a cover for what was actually going on there: testing of secret aircraft. But supersonic jets are kind of a letdown compared to little green men, so the book goes on to make a ridiculous argument: the “aliens” witnesses thought they saw at that plane crash in Roswell, New Mexico, in 1947 were actually Russian mutants, surgically altered by Josef Mengele–who, she says, had gone to work for Stalin, who sent the mutants in a Soviet “flying saucer” to New Mexico. (Never mind that the little green men were probably Air Force crash test dummies, and that Mengele hated the Soviets and escaped to South America after the war.) For a thorough demolition of the book, see Robert S. Norris and Jeffrey T. Richelson, “Dreamland Fantasies.”
In My Time: A Personal and Political Memoir, by Dick Cheney and Liz Cheney
Widely trashed for arguing that the Iraq war was a triumph, that waterboarding is humane and that Cheney’s critics are all contemptible liars, the book is predictable and fairly boring. Unfortunately Cheney left out the really interesting part, as Bart Gellman, the go-to man on Cheney, pointed out: George W. Bush learned in 2004 that FBI Director Robert Mueller was about to resign in protest over Cheney’s effort to revive a secret NSA program monitoring the phone calls and emails of US citizens without a warrant. At that point, George Bush turned against Cheney, and froze him out of the big decisions for the rest of his term. That story would make a terrific book.
NOTE: Omitted from consideration for the “worst” list: all of the books written by Republican candidates this year.
Jon Wiener is a history professor at the University of California, Irvine. His most recent book is Historians in Trouble: Plagiarism, Fraud and Politics in the Ivory Tower (New Press).

sexta-feira, 23 de dezembro de 2011

Empresas públicas no mundo - artigo bom; em ingl

The East India Company

The Company that ruled the waves

As state-backed firms once again become forces in global business, we ask what they can learn from the greatest of them all


A POPULAR parlour game among historians is debating when the modern world began. Was it when Johannes Gutenberg invented the printing press, in 1440? Or when Christopher Columbus discovered America, in 1492? Or when Martin Luther published his 95 theses, in 1517? All popular choices. But there is a strong case to be made for a less conventional answer: the modern world began on a freezing New Year’s Eve, in 1600, when Elizabeth I granted a company of 218 merchants a monopoly of trade to the east of the Cape of Good Hope.
The East India Company foreshadowed the modern world in all sorts of striking ways. It was one of the first companies to offer limited liability to its shareholders. It laid the foundations of the British empire. It spawned Company Man. And—particularly relevant at the moment—it was the first state-backed company to make its mark on the world.
Twenty years ago, as the state abandoned the commanding heights of the economy in the name of privatisation and deregulation, it looked as if these public-private hybrids were doomed. Today they are flourishing in the emerging world’s dynamic economies and striding out onto the global stage.
State-controlled companies account for 80% of the market capitalisation of the Chinese stockmarket, more than 60% of Russia’s, and 35% of Brazil’s. They make up 19 of the world’s 100 biggest multinational companies and 28 of the top 100 among emerging markets. World-class state companies can be found in almost every industry. China Mobile serves 600m customers. Saudi Arabia’s SABIC is one of the world’s most profitable chemical companies. Emirates airlines is growing at 20% a year. Thirteen of the world’s biggest oil companies are state-controlled. So is the world’s biggest natural-gas company, Gazprom.
State-owned companies will continue to thrive. The emerging markets that they prosper in are expected to grow at 5.5% a year compared with the rich world’s 1.6%, and the model is increasingly popular. The Chinese and Russian governments are leading a fashion for using the state’s power to produce national champions in a growing range of “strategic” industries.
The parallels between the East India Company and today’s state-owned firms are not exact, to be sure. The East India Company controlled a standing army of some 200,000 men, more than most European states. None of today’s state-owned companies has yet gone this far, though the China National Offshore Oil Corporation (CNOOC) has employed former People’s Liberation Army troops to protect oil wells in Sudan. The British government did not own shares in the Company (though prominent courtiers and politicians certainly did). Today’s state-capitalist governments hold huge blocks of shares in their favourite companies.
Otherwise the similarities are striking. Both the Company and its modern descendants serve two masters, keeping one eye on their share price and the other on their political patrons. Many of today’s state-owned companies are monopolies or quasi-monopolies: Brazil’s Petrobras, China Mobile, China State Construction Engineering Corporation and Mexico’s Federal Electricity Commission, to name but a few of the mongrel giants that bestride the business world these days. Many are enthusiastic globalisers, venturing abroad partly as moneymaking organisations and partly as quasi-official agents of their home governments. Many are keen not only on getting their government to provide them with soft loans and diplomatic muscle but also on building infrastructure—roads, hospitals and schools—in return for guaranteed access to raw materials. Although the East India Company flourished a very long time ago, in a very different world, its growth, longevity and demise have lessons for those who run today’s state companies and debate their future, lessons about the benefits of linking a company’s interests to a nation’s and the dangers of doing so.
The gifts of government
One of the benefits the Company derived from its relations with the state was limited liability. Before the rise of state-backed companies, businesses had imposed unlimited liability on their investors. If things went wrong, creditors could come after them for everything they possessed, down to their cufflinks, and have them imprisoned if they failed to pay. Some firms had already been granted limited liability, and the Company’s officers persuaded Queen Elizabeth that it should be given this handy status too.

A second benefit of state backing was monopoly. In the 17th century, round-the-world voyages were rather like space missions today. They involved huge upfront costs and huge risks. Monopoly provided at least a modicum of security. The third benefit was military might. The Company’s Dutch and Portuguese competitors could all call on the power of their respective navies. The English needed to do likewise in order to unlock investors’ purses.
Still, getting into bed with the government was risky for the Company. It meant getting close to courtiers who wanted to extract revenue from it and exposing itself to politicians who wanted to rewrite its charter. The Whig revolutionaries who deposed James II in 1688 briefly promoted a competing outfit that the Company first fought and eventually absorbed. Rival merchants lobbied courtiers to undermine its monopoly. But for the most part it dealt with these political problems brilliantly. Indeed its most valuable skill—its “core competence” in the phrase beloved of management theorists—was less its ability to arrange long-distance voyages to India and beyond than its ability to manage the politicians back home.
The Company created a powerful East India lobby in Parliament, a caucus of MPs who had either directly or indirectly profited from its business and who constituted, in Edmund Burke’s opinion, one of the most united and formidable forces in British politics. It also made regular gifts to the Court: “All who could help or hurt at Court,” wrote Lord Macaulay, “ministers, mistresses, priests, were kept in good humour by presents of shawls and silks, birds’ nests and attar of roses, bulses of diamonds and bags of guineas.” It also made timely gifts to the Treasury whenever the state faced bankruptcy. In short, it acted as what George Dempster, a stockholder, called a “great money engine of state”.

The Company was just as adept at playing politics abroad. It distributed bribes liberally: the merchants offered to provide an English virgin for the Sultan of Achin’s harem, for example, before James I intervened. And where it could not bribe it bullied, using soldiers paid for by Indian taxes to duff up recalcitrant rulers. Yet it recognised that its most powerful bargaining chip, both home and abroad, was its ability to provide temporarily embarrassed rulers with the money they needed to pay their bills. In an era when governments lacked the resources of the modern tax-and-spend state, the state-backed company was a backstop against bankruptcy.
State-backed monopolies are apt to run to fat and lose their animal spirits. The Company was a model of economy and austerity that modern managers would do well to emulate. For the first 20 years of its life it operated out of the home of its governor, Sir Thomas Smythe. Even when it had become the world’s greatest commercial operation it remained remarkably lean. It ruled millions of people from a tiny headquarters, staffed by 159 in 1785 and 241 in 1813. Its managers reiterated the importance of frugality, economy and simplicity with a metronomic frequency, and imposed periodic bouts of austerity: in 1816, for example, they turned Saturday from a half to a full working day and abolished the staff’s annual turtle feast.
The Company’s success in preserving its animal spirits owed more to necessity than to cunning. In a world in which letters could take two years to travel to and fro and in which the minions knew infinitely more about what was going on than did their masters, efforts at micromanagement were largely futile.
Adam Smith denounced the Company as a bloodstained monopoly: “burdensome”, “useless” and responsible for grotesque massacres in Bengal
The Company improvised a version of what Tom Peters, a management guru, has dubbed “tight-loose management”. It forced its employees to post a large bond in case they went off the rails, and bombarded them with detailed instructions about things like the precise stiffness of packaging. But it also leavened control with freedom. Employees were allowed not only to choose how to fulfil their orders, but also to trade on their own account. This ensured that the Company was not one but two organisations: a hierarchy with its centre of gravity in London and a franchise of independent entrepreneurs with innumerable centres of gravity scattered across the east. Many Company men did extremely well out of this “tight-loose” arrangement, turning themselves into nabobs, as the new rich of the era were called, and scattering McMansions across rural England.
Money and meritocracy
The Company repaid the state not just in taxes and tariffs, but also in ideas. It was one of the 18th and 19th centuries’ great innovators in the art of governing—more innovative by some way than the British government, not to mention its continental rivals, and outgunned only by the former colonies of America. The Company pioneered the art of government by writing and government by record, to paraphrase Burke. Its dispatches to and from India for the 15 years after 1814 fill 12,414 leather-bound volumes. It created Britain’s largest cadre of civil servants, a term it invented.
State-backed enterprises risk getting stuffed with powerful politicians’ half-witted nephews. The Company not only avoided this but also, in an age when power and money were both largely inherited, it pioneered appointment by merit. It offered positions to all-comers on the basis of exam performance. It recruited some of the country’s leading intellectuals, such as Edward Strachey, Thomas Love Peacock and both James and John Stuart Mill—the latter starting, at the age of 17, in the department that corresponded with the central administration in India, and rising, as his father had, to head it, on the eve of the Company’s extinction.
The Company also established a feeder college—Haileybury—so that it could recruit bright schoolboys and train them to flourish in, and run, India. These high-minded civil servants both prolonged the Company’s life when Victorian opinion was turning ever more strongly against it and also provided a model for the Indian and domestic civil service.
The Company liked to think of itself as having the best of both private and public worlds—the excitement and rewards of commercial life, on the one hand, and the dignity and security of an arm of the state on the other. But the best of both worlds can easily turn into the worst.
The perils of imperialisation
In the end, it was not rapacious politicians who killed the Company, but the greed and power of its managers and shareholders. In 1757 Sir Robert Clive won the battle of Plassey and delivered the government of Bengal to the Company. This produced a guaranteed income from Bengal’s taxpayers, but it also dragged the Company ever deeper into the business of government. The Company continued to flourish as a commercial enterprise in China and the Far East. But its overall character was increasingly determined by its administrative obligations in India. Revenue replaced commerce as the Company’s first concern. Tax rolls replaced business ledgers. Arsenals replaced warehouses. C.N. Parkinson summarised how far it had strayed, by 1800, from its commercial purpose: “How was the East India Company controlled? By the government. What was its object? To collect taxes. How was its object attained? By means of a standing army. What were its employees? Soldiers, mostly; the rest, Civil Servants.”

Sir Robert Clive with wife, daughter and local help
The Company’s growing involvement in politics infuriated its mighty army of critics still further. How could it justify having a monopoly of trade as well as the right to tax the citizens of India? And how could a commercial organisation justify ruling 90m Indians, controlling 70m acres (243,000 square kilometres) of land, issuing its own coins, complete with the Company crest, and supporting an army of 200,000 men, all of which the East India Company did by 1800? Adam Smith denounced the Company as a bloodstained monopoly: “burdensome”, “useless” and responsible for grotesque massacres in Bengal. Anti-Company opinion hardened further in 1770 when a famine wiped out a third of the population of Bengal, reducing local productivity, depressing the Company’s business and eventually forcing it to go cap in hand to the British government to avoid bankruptcy.
The government subjected the Company to ever-tighter supervision, partly because it resented bailing it out, partly because it was troubled by the argument that a company had no business in running a continent. Supervision inexorably led to regulation and regulation to nationalisation (or imperialisation). In 1784 the government established a board to direct the Company’s directors. In 1813 it removed its monopoly of trade with India. In 1833 it removed its monopoly of trade with China and banned it from trading in India entirely. In 1858, the year after the Indian mutiny vindicated the Company’s critics, the government took over all administrative duties in India. The Company’s headquarters in London, East India House, was demolished in 1862. It paid its last dividend in 1873 and was finally put out of its misery in 1874. Thus an organisation that had been given life by the state was eventually extinguished by it.
A dangerous connection
Ever since its ignominious collapse the Company has been treated as an historical curiosity—an “anomaly without a parallel in the history of the world”, as one commentator put it in 1858, a push-me pull-you the like of which the world would never see again. But these days similarly strange creatures are popping up everywhere. The East India Company is being transformed from an historical curiosity into a highly relevant case study.
The Company’s history shows that liberals may be far too pessimistic (if that is the right word) about the ability of state monopolies to remain healthy. The Company lasted for far longer than most private companies precisely because it had two patrons to choose from—prospering from trade in good times and turning to the government for help in bad ones. It also showed that it is quite possible to rely on the government for support while at the same time remaining relatively lean and inventive.
But the Company’s history also shows that mercantilists may be far too optimistic about state companies’ ability to avoid being corrupted by politics. The merchants who ran the East India Company repeatedly emphasised that they had no intention of ruling India. They were men of business who only dabbled in politics out of necessity. Nevertheless, as rival state companies tried to muscle in on their business and local princelings turned out to be either incompetent or recalcitrant, they ended up taking huge swathes of the emerging world under their direct control, all in the name of commerce.
The Chinese state-owned companies that are causing such a stir everywhere from the Hong Kong Stock Exchange (where they account for some of the biggest recent flotations) to the dodgiest parts of Sudan (where they are some of the few business organisations brave enough to tread) are no different from their East Indian forebears. They say that they are only in business for the sake of business. They dismiss their political connections as a mere bagatelle. The history of the East India Company suggests that it won’t work out that way.

quinta-feira, 22 de dezembro de 2011

Como previu Marx, é uma crise de superacumulação

Europe, crise, clivages, alternatives, enjeux stratégiques [1]

mercredi 3 mars 2010, par Elisabeth Gauthier

1. La crise : quel constat ?

Nous avons affaire à une « double crise […] à deux crises simultanées – crise financière et crise de l’économie réelle. Bien évidemment, les deux se renforcent mutuellement, mais vouloir interpréter la récession de l’économie réelle uniquement comme conséquence de la crise financière et s’attendre que le dépassement de la crise financière conduirait à en finir avec la crise de l’économie réelle, cette option méconnaît la constellation des problèmes [...] La crise financière, provoquée par une expansion démesurée du crédit privé et public, a révélé de fait une crise de suraccumulation ayant émergé durant de longues années  »[2]. 2 900 milliards de dollars d’argent public ont été dépensés dans le monde pour relancer les économies. La dette moyenne des pays du G20 devait passer de 99 % du PIB en 2009 à 107 % en 2010 et 118 % en 2014[3]. Plus de 4 000 milliards de dollars de valeurs ont été détruits, mais sans que l’on ne puisse considérer que nous sommes en phase de sortie de crise ou que le système financier ne soit véritablement re-proportionné après la phase de suraccumulation.
Après la crise de Dubaï et de l’Islande, le marché a pris conscience de la possibilité d’un défaut d’État. Ceux qui ont été sauvés grâce aux moyens publics s’attaquent aujourd’hui aux pompiers, en pariant sur le krach d’économies nationales, voire de l’euro, pour tirer des bénéfices spéculatifs en fonction de la gravité du krach.
« On arrive à la limite des politiques de relance keynésiennes par les déficits publics »[4]. Henri Sterdyniak (France, OFCE) considère que « la situation est ingérable. Un plan de rigueur fondé sur des hausses d’impôts et des réductions de dépenses représentant 1 % du PIB, c’est 1 point de croissance en moins »[5]. En même temps, le FMI a mis en garde les États contre un arrêt trop rapide des stimuli. En effet, un remboursement de la dette trop rapide, une politique d’austérité contribueraient, en ralentissant la croissance, à créer un risque de récession et à diminuer les recettes fiscales. Déjà à l’étape actuelle, les amortisseurs sociaux classiques ne suffisent plus pour faire face aux conséquences sociales de la crise.
Dans un tel contexte, l’attitude des principaux responsables de l’UE refusant tout changement d’orientation, et préférant laisser des pays s’enfoncer dans la crise et prendre le risque de l’éclatement de la zone euro est totalement irresponsable[6], renforcera les phénomènes de crise et risque de conduire au développement d’attitudes nationalistes.
Concernant les politiques des gouvernements en 2008/2009, celles-ci ne peuvent pas être considérées comme keynésiennes. Dans l’optique de market state, elles ont mobilisé massivement des fonds publics mais sans toucher à la répartition des richesses entre travail et capital, entre les intérêts privés et l’intérêt commun. La Gauche doit insister sur le fait que les critères de développement économique, social et écologique ainsi que de stabilité dans le monde exigent le développement des marchés intérieurs, non sur la base de l’endettement privé ou public, mais sur la base d’une répartition nettement plus juste de la valeur ajoutée, en faveur du travail et de l’intérêt commun. L’UE et les États n’ont cessé de déplacer le curseur dans un sens toujours plus favorable aux actionnaires[7] et à leur transformation en « investisseurs » sans lien durable avec l’entreprise. De ce fait, ils ne peuvent plus se contenter de rester spectateurs tout en fournissant des aides publiques au privé ; ils doivent intervenir en faveur d’un autre partage de la valeur ajoutée (VA) et d’un autre pilotage de la gestion des entreprises.

2. L’impasse de l’UE

La crise actuelle de l’euro et de l’UE – un des centres de la crise – n’est pas seulement la conséquence de l’effondrement financier mondial. Elle révèle au grand jour l’échec de l’euro et les graves défauts de la construction européenne tels qu’ils ont été rejetés par la majorité des votants lors des référendums en France et aux Pays-Bas en 2005 et en Irlande. Ni l’UE ni les gouvernements respectifs n’ont respecté les décisions des peuples ; ils ont, au contraire, continué de mettre en œuvre les mêmes orientations.
La nature même de l’intégration européenne s’avère un facteur de crise. La crise a eu des conséquences particulièrement lourdes en Europe. L’euro et les orientations de l’UE ne sont pas conçus pour impulser une véritable coopération en faveur des populations, une nouvelle politique industrielle ou agricole, de recherche publique, de développement de services publics et d’infrastructures, en faveur d’un nouveau mode de développement. Les traités favorisent le dumping fiscal et social, et cherchent à orienter les flux d’argent vers les marchés. L’ensemble du dispositif favorise la mise en concurrence des salariés et des territoires, en faveur des grands groupes, des marchés financiers et des économies les plus compétitives des pays les plus puissants. En réalité, le pacte de stabilité – violé en permanence par les pays – a volé en éclats.
Selon le dogme prévalant en UE, l’intégration devait se réaliser sans heurts dès lors que capital et travail pouvaient circuler librement entre les anciennes « économies nationales ». En réalité, ce sont de nouvelles réalités de pouvoirs et d’échanges qui s’établissent[8]. « L’union monétaire a échoué, du moins dans cette forme que l’Allemagne a elle-même imposé avec tout son pouvoir. L’objectif allemand, de conférer à l’euro – à travers le pacte de stabilité et la Banque centrale indépendante – la force du D-Mark et d’exclure tout transfert de paiements à des pays plus faibles et de s’assurer de la possibilité si importante d’exportation dans les autres pays européens, ne s’est pas réalisée, et ne se réalise pas dans la crise.[9] » Selon Heiner Flassbeck, économiste en chef de l’UNCTAD, la Grèce aurait perdu ses ressources, en raison de la spirale descendante de son économie avec la mise en concurrence et le dumping salarial allemand. La vision allemande à court terme finirait par menacer l’élite et le patronat allemands de perdre ses marchés pour l’exportation[10]. De nouvelles politiques de compensations, d’intégration progressive seraient nécessaires, dès lors que l’on souhaite qu’un territoire moins développé puisse acheter des productions des pays leader… Le transfert de gouvernance du centre – privatisation et austérité – vers la périphérie renforce à l’échelle européenne les puissances les plus importantes de la même façon que face aux classes dominées à l’intérieur de chaque pays[11].
Alors que les contradictions se développent entre le centre – les pays les plus puissants en Europe – et les périphéries, c’est également au sein de chaque pays que s’accentuent les inégalités, les problèmes d’emploi et sociaux, les atteintes à la démocratie et les conflits. Ainsi, dans le pays le plus puissant de la zone euro, la pression exercée par le patronat et le gouvernement sur les salaires a été particulièrement forte et efficace. C’est à l’intérieur de chaque pays et au sein de l’UE que la recherche de gains de compétitivité a produit les ravages économiques, sociaux et politiques qui s’accentuent aujourd’hui avec la crise.
Le débat autour d’une « nouvelle gouvernance » bat son plein. Sarkozy et Merkel veulent s’en servir comme d’un pouvoir accru des plus puissants, sans modifier les orientations dont l’échec ne peut pourtant plus être masqué. Aucune réorientation n’est envisagée par les principales puissances en Europe. Les timides tentatives européennes visant à superviser et à réguler la finance ne sont pas suffisantes et ne répondent qu’à des enjeux très partiels[12]. La proposition d’une nouvelle taxe paneuropéenne sur des transactions financières est fort utile, mais devrait être articulée à une offensive multidimensionnelle face aux pouvoirs des marchés dans la sphère de la circulation et de la production.
Il s’agit, d’un point de vue de gauche, de rechercher comment les exigences exprimées par les peuples devraient se traduire par des objectifs et méthodes alternatifs, par une nouvelle coordination politique à l’échelle de l’UE. Une unité monétaire sans avoir des fiscalités convergentes, des politiques industrielles et de recherche communes, des choix budgétaires compatibles, des services publics travaillant en coopération, des niveaux de salaire et de protection sociale s’harmonisant vers le haut ne peut que conduire à la loi des marchés et au recul social. La gauche pourrait dire oui à une coopération renforcée dès lors qu’il s’agit de construire à partir d’objectifs alternatifs.

3. La Grèce, les « PIIGS », les pays baltes, les pays de l’Est…

La Grèce fait partie dans l’Europe d’aujourd’hui de la partie visible d’un iceberg. C’est un des pays étouffés par l’euro cher et pour lesquels la politique de la BCE est néfaste.
« Un regard sur la carte de l’Europe montre que la crise a des dimensions différentes. En Irlande, en Grande-Bretagne et en Espagne principalement, l’éclatement de la bulle spéculative dans l’immobilier a conduit à des destructions massives de capital […] En Hongrie, Estonie et Lettonie, la crise économique s’est depuis longtemps élargie en une crise politique ou crise d’État […] En Tchéquie, le gouvernement n’a même pas pu accomplir correctement la présidence tournante du Conseil européen […] les pays scandinaves […] le Danemark, la Suède – tout comme la Finlande – ont nettement ressenti la récession […] L’Allemagne[13], d’un côté à cause et de l’autre en dépit de sa supériorité économique et de son rôle dominant, est au centre de la crise […] L’Allemagne pratique avec succès une politique “je ruine mon voisin” à l’égard des autres pays de la zone euro en écrémant leur demande et en exportant son chômage […] La réalité de la crise montre que, à plusieurs égards, l’Europe est un continent qui clive de plus en plus. Le fossé se creuse entre le Nord et le Sud, ce qui tient d’abord à la position concurrentielle dominante du capital allemand vis-à-vis du “capitalisme méditerranéen”. Et qui se nourrit ensuite d’un endettement et de capacités d’emprunt différenciées […] Les pays membres se développent de façon divergente quant à leur compétitivité.[14] » À l’heure actuelle, les inquiétudes s’accumulent quant à l’Italie et à l’Espagne (le rentrées fiscales y sont en chute libre), deux pays où l’économie informelle représente une part importante et non maîtrisée du PIB.
Pourquoi s’attaque-t-on aujourd’hui à la Grèce ? Pour statuer un exemple ! Le taux de la totalité des dettes se situe derrière l’Italie et à proximité de la Belgique. Quant aux nouveaux emprunts, la Grèce se situe derrière l’Irlande et l’Espagne et à un niveau comparable avec la Grande-Bretagne. Au total, ce sont 20 pays qui ont fait l’objet de procédures contre les déficits ; ce qui démontre l’inégalité des pouvoirs au sein de l’UE. L’Irlande – contribuant à la hauteur de 1 % au PIB européen – a reçu 15 % des moyens de la BCE. À travers la Grèce, l’UE a choisi de statuer un exemple et de tester à cette occasion l’ensemble des instruments disponibles pour la surveillance des politiques économiques et budgétaires qui seront pour la première fois mises en œuvre simultanément. Les recommandations de la commission constituent un catalogue des horreurs du néolibéralisme et reprennent sans réserve les recettes qui ont si visiblement échoué et qui ne peuvent qu’aggraver la situation dans les pays où celles-ci seraient appliquées. La manière centralisatrice, rigoureuse et exerçant un maximum de pressions qu’utilise l’exécutif de l’UE serait inenvisageable, par exemple, au sein d’un État fédéral comme l’Allemagne[15].
Le manque de coordination, de mesures en faveur de l’harmonisation et de la réduction des inégalités laisse les économies plus faibles sans moyens de réagir dans le cadre de la monnaie unique. Les pays concernés sont ainsi poussés à régler ou par l’endettement ou par l’austérité les différends. Si on peut reprocher trop de légèreté, trop de dépenses d’armement (en complicité avec les puissances exportatrices d’armes), trop de politique néolibérale aux gouvernements grecs, on doit reprocher aux plus grandes puissances européennes leur égoïsme nuisible pour toute la région. L’aggravation de la crise en Grèce aura également des effets désastreux dans les Balkans où les capitaux des banques grecques sont très présents et où l’on estime le nombre d’entreprises grecques à avoir investi à près de 8000[16].   Suite à la hausse des écarts du coût de l’argent et plus récemment à l’envolée de la spéculation, les investisseurs exigent de la Grèce des taux d’intérêt entre 5 et 7 %, soit 2,5 à 4 % de plus que les taux consentis à l’Allemagne. Les spéculateurs bénéficient de prêts à 1 % – voire moins – auprès de la BCE et exigent 7 % de l’État grec. Actuellement, les taux exigés par les marchés coûtent 0,5 % de PIB à la Grèce en année pleine[17]. Il faut rompre de toute urgence avec des interventions des États qui prennent en charge tous les risques et accentuent la paupérisation des sociétés, alors que les banques utilisent ces filets de sécurité pour développer encore leur prise de risque Quant aux États en difficulté, il convient de les refinancer de toute urgence au moyen de taux se situant nettement en dessous du marché.
L’UE – le Président de l’Euro-groupe Jean-Claude Juncker et les 16 ministres des Finances de la zone euro – a décidé de superviser le « redressement grec » et réclame à travers des « recommandations » un ensemble de mesures structurelles concernant les salaires, le marché du travail, les retraites, la santé, l’éducation, l’administration publique, l’énergie, le transport, le commerce de détail – bref, une sorte de stratégie de Lisbonne accélérée (!) ainsi que, si nécessaire, des mesures additionnelles telles que la hausse de la TVA, des taxes sur l’énergie, des prélèvements sur des produits de luxe et les autos. La France considère que l’effort demandé est d’ores et déjà considérable ; l’Allemagne voudrait encore le durcir. La BCE se situerait comme à son habitude parmi les ultralibéraux en exigeant que le déficit soit réduit en 2010 de 5,25 % du PIB (les États et l’UE demandent 4 %)[18].
Un véritable bras de fer entre les intérêts des peuples et la logique des puissances européennes débute maintenant. C’est au nom de « l’Europe pour les peuples » et d’une « autre Europe pour un autre monde », c’est dans l’intérêt de tous les peuples européens, qu’il faut trouver des solutions alternatives pour l’ensemble des pays les plus en difficultés – dont la Grèce – permettant d’en sortir. Il s’agit aujourd’hui d’établir un bouclier face aux projets qui auraient comme effet de piétiner les droits sociaux, l’emploi, le secteur public, la protection sociale. Sans installer une mise sous tutelle. Sans que ce pays puisse être utilisé comme une brèche pour amplifier l’austérité à travers l’Europe.

4. Quelle réponse politique pour la Grèce, les PIGS et l’Europe ?

Les peuples ou les marchés ? Il faut choisir. Sortir de la crise suppose un changement radical de politique. Il n’y a pas de voie de sortie de la crise sans recherche de transition vers un autre type d’économie et de politique, ce qui suppose un travail acharné en faveur de véritables alternatives et de la mobilisation idéologique et politique. Chaque revendication importante se heurte aujourd’hui à la logique du système capitaliste en crise aiguë. La logique du capitalisme financiarisé de plus en plus excessive et agressive peut conduire à des menaces sérieuses sur la démocratie et la paix.
C’est à partir de la logique du capitalisme financiarisé, de son mode d’accumulation, que se sont succédé la crise financière, la crise de l’économie réelle, la crise de la dette publique, la crise sociale et la crise fiscale en plein développement. S’y rajoutent des crises dues à la spéculation sur l’alimentation, l’énergie, des brevets, etc., ainsi qu’un certain nombre de conflits armés.
Les logiques à l’œuvre – financiarisation, spéculation, privatisation, marchandisation, surexploitation, appauvrissement des sociétés… – constituent des obstacles majeurs pour mettre en place les politiques nécessaires afin de résoudre la crise écologique. « Se pose également la question de fond, à savoir si la poursuite d’une accumulation poussée par la finance ne se heurte pas maintenant à des limites indépassables.[19] »
À l’échelle de l’Europe et au sein de nos pays, il s’agit de lutter en faveur de véritables ruptures politiques ainsi que des mesures d’urgence inspirées, elles aussi, d’une logique alternative.
Les gouvernements – hautement responsables pour l’avènement de la crise – doivent être amenés à rompre avec la logique : « la dette pour les États, la ceinture pour les peuples, le casino pour la finance »[20]. Au lieu de consulter des « experts » liés aux marchés, ils doivent faire fonctionner la démocratie en prenant des mesures et en engageant des réformes en faveur de la démocratie sociale et économique.
4.1. Stopper les incendiaires, s’opposer à l’installation du chaos, de la guerre monétaire ou spéculative.
 La finance doit être démocratisée, réorientée, redimensionnée de façon responsable. C’est aussi une condition pour débloquer le crédit.
 L’UE doit décider certaines formes de contrôle du mouvement des capitaux, des taxations des transactions financières. Les paradis fiscaux doivent être fermés. Le secret bancaire est à revoir. Une agence publique européenne de notation doit être installée. Des protections doivent être mises en place contre la fraude et l’évasion fiscales.
 Les banques doivent être amenées – par un effort convergent des gouvernements et de l’UE – à changer immédiatement d’orientation, à stopper l’utilisation de l’épargne pour des opérations de spéculation, et à réorienter les crédits vers le financement des activités utiles et de la création d’emplois et d’infrastructures. La séparation des banques de dépôts et des banques d’affaires ainsi que la constitution de pôles publics bancaires, voire la reconduction de certains établissements dans le giron public, doivent être organisées.
 Toutes les politiques doivent viser à stopper la crise de suraccumulation, à intervenir de façon massive en faveur d’une répartition plus juste de la valeur ajoutée en faveur du travail et de l’intérêt public, et à s’affranchir des pouvoirs des marchés et à stopper les privatisations. Les politiques des États européens et de l’UE doivent converger dans ce sens.
4.2. Au niveau international, l’UE doit contrer l’agressivité des États-Unis, agir en faveur de la stabilisation de l’économie réelle ; de l’utilisation des droits de tirage spéciaux (DTS) comme monnaie de réserve ; du remplacement du G20 par un Conseil économique global sous l’égide de l’ONU ; du développement de mécanismes en faveur de l’égalité dans les échanges ; de la soustraction de biens communs hors des circuits de la spéculation ; d’accords multilatéraux et bilatéraux à l’opposé de la mise en concurrence des peuples, des salariés et des territoires ; de politiques ambitieuses et partagées pour résoudre la crise écologique. L’UE doit contribuer à libérer les matières premières de leur transformation en « produits financiers »[21]. Dans les institutions internationales, la voix de l’UE a du poids ; elle doit se faire entendre en faveur d’un monde solidaire, ce qui suppose un changement radical d’orientation.
4.3. Il faut rompre avec les dogmes de l’Europe libérale que continuent de défendre bec et ongles Juncker, Trichet et Gonzales.
 Le pacte de stabilité conçu pour rationner les dépenses sociales doit être abandonné. Les peuples européens ont besoin d’un pacte de coopération en faveur d’un développement social, écologique et de solidarité. C’est sur une telle base que la coopération des gouvernements – une « gouvernance démocratique » – doit s’engager. C’est le développement durable qui constituerait le meilleur moteur de l’intégration européenne. Un programme de conversion écologique doit être mis en place notamment dans les domaines de l’énergie, des transports et du logement. Le budget européen doit être augmenté de façon significative et permettre des actions positives de l’UE. Dumping fiscal, social et écologique doivent être bannis.
 Le modèle social européen doit être renouvelé, réinventé. Une rupture radicale avec la stratégie de Lisbonne est urgente. La flexicurité doit être abandonnée, la précarisation combattue, le travail revalorisé et un revenu de base garanti. La réduction du temps de travail est à relancer. La période d’indemnisation du chômage doit être rallongée en période de crise dans tous les pays. La pauvreté – notamment chez les jeunes, les retraités, les femmes et les familles monoparentales – doit être éradiquée ; le logement doit être un droit garanti.
 La privatisation de pans entiers des retraites – impulsée par la stratégie de Lisbonne et particulièrement avancée dans les pays de l’Est – conduit à des menaces lourdes en raison des pertes dans le cadre de la crise financière. Selon les chiffres de l’OCDE, la crise économique et financière a réduit la valeur des actifs accumulés pour le financement des retraites d’environ 20 à 25 % en moyenne. En Europe, ce sont la Belgique, les Pays-Bas suivis par le Royaume-Uni qui sont les plus touchés. Par ailleurs, l’accroissement du chômage et l’incapacité de nombre d’entreprises à financer leurs fonds de pension assèchent les ressources. Stopper la privatisation des retraites comme un des moteurs de la financiarisation de l’économie est un des enjeux majeurs[22].
4.4. Se « serrer la ceinture » n’est pas la réponse. C’est autrement qu’il faudra réduire la dette publique. Toute mesure d’étranglement de l’économie réelle est irresponsable.
 Refuser un resserrement rapide budgétaire qui entraînerait un risque massif de faire basculer dans la récession.
 Des moratoires doivent être décidés pour stopper la progression de l’endettement public, pour réduire la pression sur les États, pour gagner du temps – nécessaire pour établir des instruments en faveur de la transparence (commission d’enquête, etc.), pour mettre en place de nouvelles politiques et des méthodes démocratiques. Il s’agit de moratoires qui n’augmentent pas le remboursement de la dette et ne conduisent pas les États à s’en remettre aux banques via des produits sophistiqués. Un traitement sélectif des dettes doit être également envisagé.
 Des moyens nouveaux (new deal) doivent être mobilisés – en contournant les marchés – afin de faire face aux besoins de dépenses publiques, pour contrer la crise et en sortir.
 Les marchés doivent être court-circuités via la BCE. Les intérêts de la dette publique doivent être radicalement abaissés. Il est inacceptable que les banques qui prêtent à la Grèce à un taux de 5 %, 7 %, empruntent elles-mêmes à la BCE à 1 %. La BCE doit être dotée de la possibilité d’acheter des titres de dette publique dès lors que ces prêts sont utiles à un nouveau type de développement, à l’emploi et à la politique industrielle et de recherche, à la relance des services publics et de la protection sociale. Ce type de création monétaire en faveur de la création de richesses et du développement de la société permettrait d’augmenter les ressources de la puissance publique.
 La mission et la direction de la BCE ainsi que l’orientation du crédit doivent être modifiées en faveur d’objectifs de développement, en abandonnant le carcan de la politique monétariste, en modulant les conditions d’accès en fonction des contenus des projets, en rendant impossible la contribution du crédit à la spéculation et les emprunts à découvert. L’architecture de l’UE donnant l’indépendance à la BCE montre ici aussi sa nocivité. La BCE doit être démocratiquement contrôlée.
4.5. La redistribution et la démocratie économique comme principes des réformes antilibérales.
 Face aux causes et aux conséquences de la crise, des politiques énergiques de redistribution des richesses doivent se mettre en place, en visant une harmonisation progressive au sein de l’UE. Les recettes de la puissance publique doivent être augmentées via une « fiscalité confiscatoire » visant durablement les actionnaires, banques et investisseurs. Un meilleur partage de la valeur ajoutée est indispensable pour combattre le développement de la crise. Les revenus du travail doivent être revalorisés pour l’ensemble des salariés (y compris précaires…) par rapport à ceux du capital. Une partie plus importante des profits doit être investie en faveur du développement humain et écologique. L’économie solidaire doit être favorisée ainsi que les droits et pouvoirs des salariés.
 Suspension de la directive et de sa transposition dans les pays de l’UE « sur les droits des actionnaires » et mesures pour contrer la volatilité des investissements, pour pérenniser la relation entre investissements et entreprise, pour détacher le management de la logique actionnariale, pour renforcer « l’intérêt social de l’entreprise » et l’exigence du développement de l’économie réelle face aux intérêts des actionnaires, investisseurs et marchés.
 L’usage de l’argent public doit être démocratiquement contrôlé. La mobilisation de fonds publics notamment en faveur de grands groupes doit être basée sur des principes démocratiques (leur utilisation doit générer des pouvoirs nouveaux pour les pouvoirs publics et salariés), sociaux (des critères de création ou de défense d’emplois de qualité correctement rémunérés…), écologiques (en faveur d’un nouveau type de développement). Les moyens d’action des collectivités territoriales ne doivent pas être restreints mais améliorés.
 Chaque engagement d’argent public doit aider à développer la démocratie économique et ouvrir sur un changement de pouvoir, de propriété, d’orientation s’accompagnant de nouveaux pouvoirs pour les salariés et les citoyens.
 Concernant le système bancaire, l’installation de pôles bancaires publics soumis au contrôle de l’État et de la société est plus que jamais indispensable pour que le crédit agisse en faveur de l’intérêt général.

5. Quelles perspectives de changements politiques, quelles alliances ?

Ce qui doit être à l’ordre du jour pour la gauche, c’est la mobilisation des peuples contre les actionnaires, banques, marchés et en faveur d’alternatives démocratiques, de véritables ruptures avec les logiques du capitalisme financiarisé. La bataille idéologique, le pouvoir interprétation constituent des enjeux décisifs, ainsi que la capacité d’articuler des objectifs immédiats et la mise en perspective d’une transition vers un nouveau mode de développement économique, social, écologique, démocratique, vers un nouveau type d’économie solidaire et de choix politiques alternatifs.
Ces derniers jours montrent une combativité populaire considérable dans nombre de pays européens. Il faudrait réussir à modifier profondément et durablement les rapports de force, obtenir que d’importantes forces politiques et des gouvernements soient amenés à traduire en choix politiques concrets les exigences de ceux qui résistent et luttent.
Les défis pour les forces de gauche consistent à travailler à des contre-hégémonies, à aider notamment les milieux populaires, les catégories les plus touchées et menacées par la crise et par les plans d’austérité, à gagner un pouvoir d’interprétation des réalités qui leur permette de s’approprier les enjeux actuels, d’intervenir comme acteurs, de gagner en capacité d’action solidaire, de réaliser que des changements très profonds touchant aux pouvoirs et à la propriété ne peuvent plus être différés. Contrer la crise de passivité, favoriser une prise de conscience suppose de mener une bataille idéologique de tous les instants, et de savoir articuler le sens des résistances et des luttes avec la nécessité de changer de pouvoirs et de politique, dans chaque État, au niveau de l’UE et des institutions internationales. La question de la représentation politique dont les forces de résistance et de luttes ont besoin doit être posée publiquement et en grand ainsi que la nature des relations entre les mouvements dans leur diversité et les forces et pouvoirs politiques. Les luttes de classe continuent de se développer dans le cadre national mais, dans la confrontation de classe qui s’accentue également à l’échelle européenne, la coopération entre les mouvements, syndicats, forces de gauche doit être considérablement intensifiée.
Les politiques concrètes que proposent les forces de gauche doivent viser la constitution d’un bloc social, sur la base d’intérêts immédiats communs, par exemple :
 Ceux qui n’ont que leurs salaire, retraite ou maigres allocations pour vivre
 Ceux qui travaillent dans le privé
 Ceux qui travaillent dans le public ou sont en charge des institutions publiques et des collectivités territoriales
 Ceux qu’on qualifie de « couches moyennes » et dont la crainte du déclassement ne cesse de croître
 Ceux dont les activités en tant que dirigeants de PME, de commerçants ou de professions libérales dépendent pour un large part de l’accès au crédit
 Ceux qui travaillent la terre et se voient étranglés par les groupes et les banques
 Ceux qui considèrent nécessaires la défense et le développement de la démocratie et de la culture.
La constitution de « fronts » – certes de façon variable selon les conditions sociales et politiques de chaque pays – semble une piste féconde, dans la mesure où de telles constructions ouvertes facilitent la coopération entre des acteurs de différente nature (organisations politiques, mouvements, représentants syndicaux, composantes de la société civile, intellectuels, réseaux…) et par conséquent une dynamique sociale et politique. « La crise systémique nous oblige à penser les questions sociales et politiques de manière décloisonnée, de manière transversale et globale »[23].
Nous ne devons pas perdre de vue que la crise en Europe n’est pas l’heure de la gauche, mais celle de l’abstention, de la sanction de la gauche, voire de la droite et parfois de son extrême. Dans un contexte où les citoyens « ont du mal à comprendre pourquoi ils devraient sauver les États qui agissent et travaillent pour les marchés tout en démontant le modèle social, la bourgeoisie intelligente joue une sorte de musique bonapartiste : tout le monde passe à la caisse, impôt de crise, mais aussi taxe sur les dividendes.[24] » Parfois, ce sont des tendances de droite populiste voire extrême qui amplifient leur influence. Des tendances nationalistes peuvent également trouver un terrain favorable, d’autant plus que les clivages s’accentuent en Europe entre Est et Ouest, Nord et Sud. « La crise financière, tout comme la manière de la résoudre vont certainement alimenter l’instabilité géopolitique t accroître les tensions entre libre-échangistes et protectionnistes. La logique du sauve-qui-peut va prendre de l’ampleur »[25].
Certains milieux chrétiens-démocrates, mais aussi les écologistes et sociaux-démocrates, penchent vers des réponses du type : le coût de la crise est à répartir entre tous. Dégager un horizon dans la clarté suppose une confrontation idéologique avec les différentes composantes du champ de gauche. Il faut développer une argumentation puissante qui permette d’appuyer le refus que les classes subalternes paient les frais, ou acceptent des sacrifices comme allonger le temps de travail. S’il s’agit de sauver les États, il convient d’impulser des mouvements en faveur d’une « fiscalité confiscatoire »[26] (voir 4.5) en s’appuyant sur la prise de conscience quant à l’accumulation inédite de richesses à un pôle de la société.
À défaut de pouvoir présenter une approche de gauche crédible, le risque est grand que l’espoir et le discours de changement deviennent récupérables par des forces de droite, populistes, parfois extrêmes. L’impuissance des dominés risque de s’étendre, même si des luttes parfois significatives peuvent laisser croire le contraire. La bataille de l’interprétation des causes et des conséquences de la crise constitue pour la gauche un défi considérable, d’autant que tout indique que de nouvelles bourrasques vont secouer l’Europe.
Les expériences lors des référendums en France, aux Pays-Bas et en Irlande ont montré que lorsque certaines conditions sont réunies, les citoyens sont en mesure de s’approprier des enjeux d’une grande complexité. Dans la crise actuelle, les forces de gauche ont à rechercher les moyens les plus efficaces afin que les citoyens puissent se réapproprier la politique, et repérer les choix de société qui sont en jeu dans les confrontations actuelles.
Notes
(*) Directrice d`Espaces Marx, France et Membre du Managing board de Transform !Europe. elgauthi@internatif.org
[1] Ce texte a bénéficié d’un séminaire de Transform ! sur la crise, à Vienne en janvier 2010, ainsi que d`une discussion au sein du Managing Board de Transform ! Europe et en particulier des remarques de Walter Baier, Stephen Bouquin, Patrice Cohen-Seat, Haris Golemis, Véronique Sandoval qui se reconnaîtront et que je remercie. Il a été présenté lors d’une rencontre organisée par Synaspismos et la Parti de la Gauche européenne à Athènes le 27 février 2010. Concernant les alternatives, voir aussi European Left Party, Plate-forme pour les élections au Parlement européen 2009 ; Euro-Mémorandum 2009/2010, http://www.memo-europe.uni-bremen.de/euromemo et les éditions en anglais, français, grec et allemand réalisées avec le concours de Transform ! Europe http://www.transform-network.org/ ; Jürgen Klute, « Was tun in der Krise ? », Supplément 1/2010 Zeitschrift Sozialismus ; Dominique Crozat, « La démocratie économique, une alternative à la crise. » Compte rendu d’un colloque à Paris en juin 2009. Transform ! N° 05.
[2] Joachim Bischoff, « Eine neue Phase de grossen Krise ». Dans Sozialismus 3/2010.
[3] Selon le FMI, Le Monde 17/2/2010.
[4] Sylvain Boyer, économiste chez Natixis ; Le Monde 17/2/2010.
[5] Le Monde 17/2/2010.
[6] Jean-Claude Trichet, Président de la BCE : « Nous n’allons pas changer les règles […] pour aider un pays en particulier […] C’est clair comme du cristal ». Jean-Claude Juncker, Président de l’Eurogroupe : Ce pays « ne peut compter sur une quelconque espèce de générosité de la part des membres de l’Eurogroupe ». Felipe Gonzales, Président du groupe des sages pour réfléchir à l’avenir de l’Europe : Ceux qui ne sont pas satisfaits des traités européens « n’ont qu’à quitter l’Union. » Cité par Francis Wurtz, Humanité Dimanche 18/2/2010.
[7] Pierre Todorov (Avocat à la cour, cabinet Lovells LLP), Il est temps de rompre avec les excès de l’idéologie actionnariale. Le Monde 11/2/2010.
[8] Roland Kulke, « Schweine, Alkoholiker und die Konstruktionsfehler der Eurozone. » http://blog.rosalux-europa.info/de
[9] Jens Münchrath, Handelsblatt 22/2/201, cité par Roland Kulke.
[10] Cité par Roland Kulke.
[11] Roland Kulke.
[12] Regroupement des trois comités techniques – chargés de contrôler les groupes bancaires, les compagnies d’assurances et les marchés dont les activités dépassent le cadre national – et renforcement de leurs pouvoirs ; création d’un Comité Européen du risque systémique (CERS) responsable de l’analyse macroéconomique ; proposition d’un comité scientifique d’excellence pluridisciplinaire ; meilleure coopération entre les instances de supervision nationale ; création d’une commission spéciale au Parlement européen chargée de réfléchir aux conséquences de la crise ; proposition d’une directive encadrant la gestion des fonds alternatifs ; réglementation des produits dérivés ; installation d’exigences de fonds propres des banques… (Voir Sylvie Goulard MEP / Libéraux ALDE, Modem, France, dans Le Monde 23/2/2010).
[13] L’économie allemande a régressé de 5 % en 2009.
[14] Joachim Bischoff, Richard Detje, « L’Europe dans la crise – sur le chemin des clivages. », Transform ! 05/2009.
[15] Voir une description précise des enjeux et procédés par Andreas Fishan, « Stabilitätskriterien und die öffentliche Hinrichtung Griechenlands ». Dans Sozialismus 3/2010.
[16] Haris Golemis, Elena Papdopoulou, « Les banques grecques dans les Balkans. » Dans Transform ! 05/2009.
[17] Laurence Boone, chef économiste chez Barkley’s capital ; Libération 17/2/2010.
[18] Selon Le Monde 17/2/2010.
[19] Joachim Bischoff, « Eine neue Phase der grossen Krise. » Dans Sozialismus 3/2010.
[20] Jacques Rigaudiat, À Gauche, 18/12/09.
[21] Elie Cohen : 95 % des matières premières sont transformés en « produits financiers » ; en 6 ans – de 2003 à mi-2008 –, les masses investies dans la spéculation dans ces domaines sont passées de 13 à 320 milliards de dollars.
[22] Richard Detje, « Les effets de la crise financière sur les fonds de retraite européens. » Une étude, publiée dans Transform ! 05/2009.
[23] Stephen Bouquin, « L’âge des extrêmes ne fait que commencer. », Transform ! 05/2009.
[24] Stephen Bouquin, commentaire écrit.
[25] Stephen Bouquin, « L’âge des extrêmes ne fait que commencer. », Transform ! 05/2009.
[26] Joachim Bischoff, Rencontre des économistes de l’Euro-Mémorandum, Berlin 20/2/2010.